Voici un document fournis par dialoguedynamics.com dans lequel Monseigneur Jacques Suaudeau, directeur scientifique de l’Académie Pontificale pour la Vie, démontre les liens étroits entre mentalité contraceptive et mentalité abortive. Ce document étant assez long (24 pages), je ne vous livre ici que les considérations éthiques. Vous pouvez télécharger le document dans sa version intégrale au format pdf.
Pour ce qui est de la contraception post-coïtale, si son efficacité à prévenir le développement d’une grossesse après un rapport sexuel présumé fécondant vient de ce qu’elle empêche l’implantation de l’embryon, et donc à son effet abortif, les différentes méthodes utilisées dans ce cadre doivent donc être considérées comme abortives ?
La contraception d’urgence ou "post-coïtale" peut agir de deux façons pour empêcher le développement d’une grossesse à la suite d’un rapport potentiellement fécondant : elle pourrait agir par un simple effet contraceptif si l’ovulation n’a pas déjà eu lieu et s’il persiste des spermatozoïdes encore vivaces dans les voiews génitales féminines ; mais ce simple effet contraceptif ne rend pas compte de l’efficacité du produit. On doit donc admettre qu’elle agit aussi en empêchant la nidation utérine d’un embryon déjà formé, lorsque l’ovulation a déjà eu lieu.
L’embryon éliminé par la contraception post-coïtale est un être humain individuel, qui doit être traité comme personne. Il faut répéter ici ce que la biologie enseigne depuis déjà des années et que l’embryologie et surtout la génétique moderne n’ont fait que confirmer : l’embryon humain, depuis le stade même de zygote, présente tous les caractères d’un nouvel être individuel humain qui va développant d’une manière totalement autonome ses propriétés. Au moment de la fécondation, c’est-à-dire de la pénétration du "spermatozoïde gagnant" dans l’ovule, se forme une nouvelle entité biologique le zygote. C’est à ce moment précis que commence l’aventure d’une nouvelle vie humaine, ainsi que le Document sur l’avortement provoqué de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, du 25 Novembre 1974, a justement souligné dans les termes suivants : "Dès que l’ovule est fécondé, se trouve inaugurée une vie qui n’est ni celle du père ni celle de la mère, mais d’un nouveau être humain qui se développe par lui-même. Il ne sera jamais rendu humain s’il ne l’est pas dès lors...".
Ce nouveau programme réalisé par l’union des gamètes n’est pas un matériel inerte : il s’agit d’un nouveau projet qui se constitue de lui même et qui est l’auteur et l’acteur de lui même. Ceci se qualifie par le terme d’"individuation" (un nouvel être advient de la fusion des gamètes), et d’"autonomie" (son développement n’est en rien conditionné par des facteurs extrinsèques ; il a en lui-même la clé de son développement).
L’embryon est déjà un être humain.
Si l’embryon humain, avant son implantation dans l’utérus, se présente ainsi, au niveau biologique, comme animé par une vie humaine individuelle, organisé comme un organisme doté des capacités d’autonomie, d’autodirection, d’autoréparation, et d’homéostase, cet embryon humain ne peut pas être jugé autre qu’un individu humain, un homme. Ceci était déjà le message transmis par l’antiquité chrétienne, et il y a peu à ajouter aujourd’hui à ce que disaient "nos pères dans la foi" à la lumière de la raison humaine : ce message condamne l’avortement dans ces termes : "C’est un homicide anticipé que d’empêcher de naître et peu importe qu’on arrache l’âme déjà née ou qu’on la détruise au moment où elle naît. C’est déjà un homme ce qui doit devenir un homme ; de même, tout fruit est déjà dans le germe" (Homo est et qui est futurus ; etiam fructus omnis iam in semine est) (Tertullien, Apologeticum, vol. 1,IX,8)
C’est au moment de la fécondation que ce nouvel être humain a commencé sa vie individuelle, débutant ainsi un cycle vital qui le portera à devenir fœtus, nouveau-né, enfant et adulte jusqu’à la mort naturelle : "A cette évidence de toujours... la science génétique moderne apporte de précieuses confirmations. Elle a montré que, dès le premier instant, se trouve fixé le programme de ce que sera ce vivant : un homme, cet homme individuel avec ses notes caractéristiques déjà bien déterminées. Dès la fécondation est commencée l’aventure d’une vie humaine dont chacune des grandes capacités demande du temps pour se mettre en place et se trouver prête à agir" (Congregazione per la Dottrina della Fede, Dichiarazione sull’’aborto procurato, n°13, AAS 66 (1974) 738.)
C’est pour cela que l’embryon humain, depuis le moment de la fécondation et de la formation du zygote, et avant son implantation dans l’utérus, mérite le plein respect que l’on accorde à l’embryon en général, et plus spécifiquement à l’embryon après son implantation. La raison l’indique et l’Église le souligne avec force : "Dès le moment de sa conception, la vie de tout être humain doit être absolument respectée, car l’homme est sur terre l’unique créature que Dieu a "voulue pour lui-même" et l’âme spirituelle de tout homme est "immédiatement créée par Dieu" ; tout son être porte l’image du Créateur. La vie humaine est sacrée parce que, dès son origine, elle comporte "l’action créatrice de Dieu" ...Dieu seul est le maître de la vie, de son commencement à son terme : personne, en aucune circonstance, ne peut revendiquer pour soi le droit de détruire directement un être humain innocent". (Donum Vitae, Introduction, 5).
Parce que tout ce que sera l’adulte est déjà compris dans le fœtus, prêt à s’exprimer objectivement quand le projet-programme du fœtus lui en donnera l’ordre, la même raison fait rejoindre la conclusion que l’embryon en général, et, de ce fait, l’embryon préimplantatoire a valeur de personne humaine. C’est pourquoi le respect dû à l’embryon préimplantatoire implique de le traiter comme une personne humaine, en lui reconnaissant les droits de la personne, et, en premier lieu, le droit à la vie : "C’est pourquoi le fruit de la génération humaine dès le premier instant de son existence, c’est-à-dire à partir de la constitution du zygote, exige le respect inconditionnel moralement dû à l’être humain dans sa totalité corporelle et spirituelle. L’être humain doit être respecté et traité comme une personne dès sa conception, et donc dès ce moment on doit lui reconnaître les droits de la personne, parmi lesquels en premier lieu le droit inviolable de tout être humain à la vie" (Donum Vitae, I,1).
Aussi toute contraception qui empêche l’implantation de l’embryon est-elle inacceptable d’un point de vue moral.
Empêcher l’implantation de l’embryon des premiers jours, ainsi que le fait la contraception d’urgence, revient au même que provoquer volontairement l’élimination de cet embryon et donc son avortement. Il y n’a pas place dans ce cas pour aucune casuistique atténuante, du type du "double effet", parce qu’il y a seulement un but unique dans la mise en œuvre de la contraception d’urgence : ne pas permettre à une grossesse déjà initiée de se développer. Il est clair que, dans la contraception post-coïtale, l’intention et l’acte lui-même (c’est-à-dire la prise de la pilule) sont abortifs.
Quelle est la position de l’Eglise à ce sujet ?
La contraception post-coïtale constitue un acte grave, qui est condamné avec toute la force avec laquelle on condamne toute forme d’avortement. Il faut donc appliquer à la contraception d’urgence le même jugement négatif qui s’applique à toute autre forme d’avortement : il s’agit d’un délit "abominable", selon l’expression du Concile Vatican II (« Dieu, maître de la vie, a confié aux hommes le noble ministère de la vie, et l’homme doit s’en acquitter d’une manière digne de lui. La vie doit donc être sauvegardée avec un soin extrême dès la conception : l’avortement et l’infanticide sont des crimes abominables »). Le Saint-Père a solennellement condamné l’avortement dans l’Encyclique Evangelium vitae (24 mars 1995) comme "désordre moral grave" et nous pouvons ajouter qu’il s’agit là de la déclaration pontificale la plus forte, faite avec le plus haut degré d’autorité possible : une telle condamnation s’applique à la contraception post-coïtale : « ... en conformité avec le Magistère de mes Prédécesseurs et en communion avec les Évêques de l’Église catholique, je confirme que l’euthanasie est une grave violation de la Loi de Dieu, en tant que meurtre délibéré moralement inacceptable d’une personne humaine. Cette doctrine est fondée sur la Loi naturelle et sur la Parole de Dieu écrite ; elle est transmise par la Tradition de l’Église et enseignée par le Magistère ordinaire et universel » (EV n°62).
L’élimination de l’embryon premier avant son implantation, en tant qu’avortement volontaire, est donc un crime contre la personne, un homicide dans la réalité des faits. Ce n’est pas le degré de développement de l’embryon qui détermine ce jugement mais le fait de mettre fin volontairement à une vie humaine - autrement on pourrait aussi justifier l’infanticide parce que le nouveau-né n’a pas encore fini son développement intellectuel. Le degré de développement obtenu par un embryon à un moment donné ne peut pas avoir d’influence sur la négativité objective du jugement éthique porté sur son élimination. Ce n’est pas parce que un embryon se trouve au stade de quatre, huit cellules, ou de blastociste qu’il "vaut" moins qu’un embryon morphologiquement "complet", au troisième mois de grossesse, par exemple. Sur le plan anthropologique, philosophique, moral et théologique, la valeur de l’être humain est la même, quelle que soit la phase du cycle vital où il se trouve, et ceci pour deux motifs :
- du point de vue biologique, étant donné que le développement de l’embryon est programmé, continu, intrinsèquement autonome, il n’y a pas de différence substantielle mais seulement une différence de développement entre le zygote, qui advient dans la suite immédiate de la conception et le nouveau-né à la naissance.
- du point de vue philosophique, axiologique, toute la valeur de la personne humaine comme individu se trouve ontologiquement présente dans l’embryon depuis le moment de sa conception. Le fait que la manifestation de la réalité ontologique et existentielle advienne graduellement et de façon continue tout au long de la vie de l’individu n’autorise pas à penser que l’"après" n’est pas enraciné et causé dans le "déjà" ; entre le "déjà" réalisé et le "pas encore" développé il y a tout l’arc de la gestation et de la vie, mais il y n’a pas de saut qualitatif ou mieux ontologique entre les deux : c’est le même acte existentiel qui sous-tend le développement, et c’est le même "je" qui est réellement présent et qui agit, même quand il n’y a pas encore autoconscience et reconnaissance sociale.
Même s’il y avait un doute subjectif sur le lien entre l’œuf fécondé et l’être personnel qui en découle, la conscience est obligée de s’abstenir de toute agression vis-à-vis de l’embryon humain, comme on doit s’abstenir du tirer un coup de fusil sur un buisson si l’on vient à penser, même de manière dubitative, que ce qui est dans le buisson est une personne et non une proie de chasse.
Quels arguments utilise-t-on pour justifier l’usage de la pilule post-coïtale ?
Pour justifier sur le plan moral l’usage de la "contraception post-coïtale", certains médecins invoquent l’absence d’une connaissance scientifique directe de son mécanisme d’action. Il n’y a aucune preuve, disent-ils, de l’empêchement de l’implantation de l’embryon dont on accuse les techniques de contraception d’urgence. Ce qui est sûr, continuent-ils, est que ces méthodes ont un effet "contraceptif" quand elles sont utilisées avant le rapport sexuel. Considérant que l’effet préventif de grossesse de ces composés est très bref, n’est pas absolu, et se voit seulement dans les 48 heures qui suivent le rapport sexuel, pourquoi ne pas admettre, disent-ils, que c’est l’action contraceptive qui est en cause dans la prévention de la grossesse ? On sait en effet que la fécondation n’est pas un phénomène immédiat, qu’elle peut survenir quelques heures après le rapport sexuel, soit à cause de la rupture d’un follicule contemporainement au rapport ou tout de suite après, soit à cause de spermatozoïdes résiduels qui finissent pour passer au-delà du col et atteindre l’ovocyte des heures après le rapport.
Les mêmes médecins ajoutent que, si les techniques de contraception post-coïtale ne sont pas abortives, mais simplement contraceptives, et même s’il y a doute à cet égard, il serait vraiment peu charitable et peu raisonnable de priver les gens de son aide. Quand on pense aux coûts économiques et humains d’une grossesse non désirée chez une adolescente qui est encore à l’école et dépend entièrement de ses parents pour vivre, le recours à la « pilule du jour après » ne semble pas disproportionné. Ce qui serait disproportionné, continuent ces médecins, serait de ne pas l’utiliser, avec le risque d’avoir à gérer cette grossesse chez une adolescente incapable par ailleurs de s’occuper de l’enfant, une fois que celui-ci sera né, ou avec le risque le plus vraisemblable de pousser cette adolescente à la solution de l’avortement chirurgical, légal ou clandestin, au coût peut-être de sa santé si ce n’est de sa vie.
Comment répondre à ces affirmations ?
Aucune étude, jusqu’à aujourd’hui, n’a pu apporter la preuve objective d’une action simplement contraceptive de la "pilule du jour d’après", alors que différentes études ont montré un lien entre la prise d’un contraceptif d’urgence et l’apparition consécutive de signes de déséquilibres hormonaux et d’anomalies au niveau de l’endomètre utérin, qui rendent prévisible l’incapacité de cet endomètre à accueillir un embryon. S’il y place pour quelque incertitude en ce qui concerne l’action exacte de moyens de la contraception d’urgence, ce doute penche en faveur d’une action abortive, par empêchement de l’implantation. En tel cas, la règle dans le champ de la morale demande que l’on s’abstienne, parce ce que ce qui est en jeu n’est pas un simple problème économique, ou les difficultés liées à la survenue d’une grossesse chez une adolescente : ce qui est en jeu est la valeur d’une vie humaine, qui dépasse toute autre valeur.
De plus, nous ne sommes pas ici confrontés au cas d’une conscience confuse, parce qu’il y aurait doute sur la valeur de l’action projetée, comme le prétendent certains défenseurs de la "pilule du jour d’après". Comme il a été dit plus haut, la personne qui demande une contraception d’urgence le fait parce qu’elle a eu un rapport sexuel possiblement fécondant, et qu’elle ne veut pas que cette grossesse potentielle se développe. Son intention n’est pas, en ce moment, contraceptive, comme le laissent supposer les défenseurs de la contraception post-coïtale : son intention est abortive. Le médecin qui prescrit la "pilule du jour d’après" à cette personne ne prescrit cette pilule en tant que "contraceptive" (pour empêcher une fécondation), mais en tant qu’abortive (pour empêcher le développement d’une possible grossesse). Il est vrai que la femme qui prend le "contraceptif d’urgence" peut le faire sans qu’elle ait débuté de grossesse, mais cette possibilité ne modifie pas la qualité morale du recours à une telle pratique.
Les femmes qui ont recours à la « contraception d’urgence » sont-elles pleinement conscientes de la gravité de leur acte ?
Leur manque d’évaluation de la gravité de l’acte ainsi décidé et réalisé est en grande partie dû à la présentation trompeuse de la "contraception post-coïtale" telle qu’elle est offerte à l’opinion publique, dans les medias de communication et aussi dans le monde médical. Pour justifier le recours à la "contraception d’urgence" on soutient en effet que, non seulement elle n’agit pas avec un mécanisme abortif, mais qu’elle permet de réduire le nombre des avortements. Une telle affirmation a été facilitée par la redéfinition des termes clé de la reproduction, dans le sillage des techniques de fécondation artificielle et de la résolution des problèmes légaux qu’elles posaient. Le terme de "pré-embryon" s’est ainsi diffusé toujours davantage dans le langage des centres "de reproduction" : la conception, et donc le début de la grossesse, ont été dissociés de la fécondation, pour les associer à l’implantation utérine de l’embryon. De ce fait, on juge que la prévention de l’implantation de l’embryon n’est pas un avortement, mais fait encore partie de la contraception.
La tentative de qualifier comme "pré-embryon" l’embryon dans les stades qui précèdent l’implantation, en le déclassant pour en faire quelque chose d’indifférencié, va contre la vérité objective de l’individualité et de l’autonomie de l’embryon pré-implantatoire, démontrées par la génétique.
Que faire par rapport à cette manipulation sémantique dont les conséquences sont si graves pour la personne ?
Il est clair que le devoir des médecins, des moralistes, des confesseurs, et des éducateurs est d’éclairer l’opinion des fidèles et celle des gens en général, en dénonçant la duperie sémantique qui a rendu possible l’acceptation de la "pilule du jour d’après" dans les Parlement nationaux. Une telle duperie a, malheureusement, souvent neutralisé les réactions des personnes qui ont une responsabilité de direction législative et morale dans la société. S’il y a devoir à souligner la gravité morale de l’acte de "contraception" post-coïtale, se pose aussi aux confesseurs le problème d’éclairer les consciences à cet endroit, tout en tenant compte du fait de l’ignorance irréductible que l’on pourrait rencontrer à cet égard chez certains pénitents.
Un autre argument souvent avancé est celui du viol : pourrait-il être considéré comme l’indication spécifique de la "contraception d’urgence" ?
Il semble que, considérant les tristes circonstances dans lesquelles pourrait survenir en un tel cas une grossesse, la contraception post-coïtale soit un moyen idéal pour prévenir une grossesse qui n’est pas seulement non désirée, mais qui va être vécue comme le prolongement matériel, organique, du mal du viol, pour la femme qui a été victime de l’agression comme pour ses proches, si un fœtus se développe à la suite de cette agression. C’est pourquoi nombreux sont ceux qui hésiteraient peut être à recommander de façon courante le recours à la contraception post-coïtale, mais qui l’approuvent quand la personne en question est la victime d’un viol.
Il est clair que la contraception post-coïtale, lorsqu’elle peut être mise en œuvre dans les 48 heures suivant un viol, et quand elle réussit ainsi à prévenir une possible grossesse, offre un avantage matériel, objectif, considérable à la patiente, au médecin en charge, et à la société dans son ensemble : cette "contraception", en effet, élimine le problème du développement d’une grossesse dans de telles conditions, avec ce qu’il implique comme obligation soit d’accéder à une demande d’avortement de la part de la victime, soit de trouver après l’accouchement une solution à l’accueil de l’enfant si la victime a accepté de le conserver.
Cependant, même dans ce cas douloureux et "limite" du viol, la possibilité de choix n’existe pas vraiment sur le plan moral, parce que la vie humaine a une valeur fondamentale, qui surpasse toute autre valeur et que l’enfant qui va se développer comme conséquence du viol est innocent. Utiliser la contraception d’urgence, en un tel cas, c’est vouloir éliminer cet enfant possible, au début de sa vie, ajoutant un mal au mal déjà perpétré par le viol.
La victime d’un viol doit prendre une décision mûre et responsable, au plus tôt, concernant l’usage possible de la contraception post-coïtale. Les personnes qui ont la responsabilité d’accueillir, réconforter, suivre et aider les victimes de violence sexuelle et les pasteurs d’âme qui se trouvent (par exemple dans les camps de réfugiés) en contact avec ces victimes, ne doivent pas cacher la vérité de la valeur de l’enfant à la conscience de la personne assistée. Mais il faut toujours présenter ensemble la vérité, le devoir moral (conserver l’enfant s’il y a grossesse), et l’offre d’accompagnement et d’aide concrète, et cela quelle que soit la décision prise par la personne.
Parmi les multiples arguments utilisés par les organismes internationaux pour répandre l’usage de la contraception dans les pays en voie de développement est celui de la pauvreté : la croissance démographique serait une des causes de la pauvreté au sud, et la stabilisation démographique un facteur de l’enrichissement au nord. Que répondez-vous à cet argument ?
La diminution de la natalité provoquée par un usage régulier de la contraception apparait, en effet, dans un premier temps, faciliter l’essor économique d’un pays en réduisant les dépenses publiques et privées liées à l’éducation. On prévient la venue au monde d’individus humains qui seraient des "bouches inutiles" tant qu’ils ne se seraient pas mis à travailler. De la même façon, on résoudrait pour un temps le problème de l’embauche des jeunes, puisqu’il y aurait moins de jeunes. La courte vue de ces arguments est évidente. La richesse des pays du Nord ne vient pas de leur faible taux de natalité, mais de leur système économique bien rodé, avec des industries depuis longtemps implantées, le grand avantage d’un savoir faire déjà là, dans la population, et la possibilité pour ces pays de faire appel à de la main d’œuvre étrangère pour suppléer la main d’œuvre manquante par manque de natalité. Sans vouloir jouer aux Cassandre, le vieillissement des populations va tôt ou tard venir menacer ce bien être, et le manque d’une population jeune va enlever à ces pays leur dynamisme, à moins qu’ils ne fassent toujours davantage appel à l’immigration pour assurer la production industrielle d’un pays sans bras, ce qui est une politique risquée pour la paix sociale. A l’inverse, rattacher la pauvreté dans certains pays à leur natalité jugée excessive, et croire qu’en réduisant cette natalité on favorisera l’essor du pays est d’une grand naïveté : ce ne sont pas les enfants qui nuisent à cet essor, mais l’absence d’infrastructure industrielle, l’absence de main d’œuvre qualifiée, l’absence d’un système éducatif permettant de former la main d’œuvre experte dont a besoin l’industrie, l’instabilité politique, et les guerres. Plutôt que de recevoir des contraceptifs, ces pays ont besoin de recevoir des formateurs, des éducateurs, qui transformeront une masse d’enfants apparemment trop lourde en ce capital humain sans lequel aucun développement à long terme n’est imaginable.
Que pouvons-nous conclure de tout ceci ?
Le tour d’horizon que nous venons de faire sur les contraceptifs aujourd’hui disponibles et leurs propriétés abortives suggère, en conclusion, les remarques suivantes :
- La contraception, loin de faire reculer l’avortement, trouve dans ce dernier son prolongement en quelque sorte naturel. Parce que la mentalité contraceptive est en fait très voisine de la mentalité abortive, l’usage massif de la contraception dans les pays développés a contribué à y banaliser l’avortement.
- La recherche scientifique est aujourd’hui orientée vers la mise au point de techniques contraceptives toujours plus "efficaces" pour la prévention de la conception et de la poursuite de la grossesse, avec toujours moins de risques pour la femme, aboutissant à une contraception toujours plus abortive. Ceci constitue une autre démonstration du lien étroit, pas seulement culturel mais aussi scientifique, qui existe entre le recours à la contraception et la demande d’avortement.
- Pour ne pas prononcer le mot "avortement", on parle d’"empêchement" à l’implantation, d’"interception" ou de "contragestion" pharmacologiques. On déclare aussi que l’embryon n’est pas un embryon tant qu’il n’est pas implanté dans la muqueuse utérine mais un simple "pré-embryon", une masse de cellules qu’il ne requiert pas de respect particulier. Ce n’est pas cependant un jeu de parole qui peut changer la réalité des faits.
- Les personnes qui sont tentées de prendre la voie facile de la contraception post-coïtale, sous sa forme hormonale orale, le font souvent pour de simples raisons de convenance personnelle, refusant un enfant qui n’est plus considéré comme un don mais comme un embarras, un obstacle au bonheur personnel, un dommage. Il faut aider ces personnes à prendre conscience de la déformation qu’elles ont accepté de donner ainsi à leur conscience et, par suite, à leur vie morale.
- Il importe que les personnes qui s’estiment en droit d’avoir recours à la contraception pour des raisons médicales, psychologiques, sociales ou économiques justifiables devant un tiers et devant Dieu, le fassent en pleine connaissance de cause, c’est à dire en sachant qu’elles détruiront un embryon, à un moment ou à un autre de leur vie contraceptive. Leur geste sera objectivement de la même nature qu’un avortement dit "chirurgical", avec la différence qu’elles ne s’en rendront pas compte et ne verront pas le fruit de leur avortement. Il n’existe pas de "droit à l’ignorance" en ce domaine. De la même façon, les pasteurs, théologiens et conseillers spirituels qui approuvent par leurs paroles ou leurs écrits l’usage de la contraception doivent savoir qu’ils approuvent du même coup l’ensemble des avortements qu’elle a provoqué et provoquera, ce qui se chiffre par millions d’individus.
- Il n’y a rien d’héroïque, d’exceptionnel, ou de naïf à avoir recours aujourd’hui, dans le cadre de la parenté responsable, aux méthodes dites "naturelles" de contrôle de la fertilité féminine, dont on connaît les bases scientifiques, l’efficacité et les bienfaits qu’en tirent les couples pour une communion conjugale plus approfondie. C’est pourquoi il appartient aux époux d’exercer en ce domaine leur responsabilité en se formant à ces méthodes. Les conseillers de ces couples - médecins, aides sociaux, prêtres, religieux et religieuses - devraient considérer comme de leur devoir moral de faire connaître ces méthodes naturelles et d’en faciliter l’accès.
Cette réflexion sur les relations toujours plus nettes qui existent aujourd’hui entre la pratique de la contraception et l’avortement ne peut, en conclusion, que nous reporter aux mots mêmes du Saint-Père à ce sujet, au paragraphe 13 de l’Encyclique Evangelium Vitae : "Certes, du point de vue moral, la contraception et l’avortement sont des maux spécifiquement différents : l’une contredit la vérité intégrale de l’acte sexuel comme expression propre de l’amour conjugal, l’autre détruit la vie d’un être humain ; la première s’oppose à la vertu de chasteté conjugale, le second s’oppose à la vertu de justice et viole directement le précepte divin "tu ne tueras pas". Mais, même avec cette nature et ce poids moral différents, la contraception et l’avortement sont très souvent étroitement liés, comme des fruits d’une même plante".
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